Vanaga Bellais, le Haere pö de l’atelier mécanique

Vanaga Bellais 1

Dans la tradition orale polynésienne, le Haere pö est un personnage central qui avait la responsabilité de retenir par cœur les généalogies et l’histoire des terres. Cette mémoire spécifique, Vanaga  la possède, mais dans son domaine : la mécanique.

Il n’est pas une panne dont il ne se souvienne précisément. Parfois, alors qu’un de ses agents vient le voir avec une question technique, il se souvient avec une précision qui le surprend lui-même d’un problème similaire… il y a 30 ans.

Le monde a évolué, les moteurs également, même si les plus anciens (de 1988) tournent encore : « Avant les réparations se faisaient à la main, aujourd’hui c’est beaucoup plus robotisé, tout est contrôlé par ordinateur ».

Mais pour l’entretien des groupes – qui se fait par roulement (1 par an, pour 8 groupes) – il faut démonter, contrôler, détecter, nettoyer et remonter… Si l’œil et la main redeviennent les maîtres, la patience et la mémoire sont les vertus principales du bon mécanicien.

Vanaga a noté le changement d’apprentissage de la connaissance chez les jeunes : « dans le temps, nous voulions faire… Nos anciens nous regardaient et nous corrigeaient ». C’était l’apprentissage par l’observation et la pratique. « Aujourd’hui, les jeunes attendent qu’on leur dise quoi faire. Ils mettent plus de temps à devenir autonomes, car ils n’ont pas appris de la même façon que nous ».  Mais la formation est une seconde nature chez Vanaga : « j’ai même formé à la mécanique trois de mes propres chefs d’équipe ! » raconte-il une lueur malice dans les yeux.

 Dire que la mécanique est la vie de Vanaga est un euphémisme, il la pratique depuis 42 ans (il a été embauché par EDT dès sa sortie de l’école en 1974). Il reconnaît que bien souvent son travail est passé avant sa famille. En 1983, alors que le cyclone Veena ravage Tahiti, il se rend à la centrale de Vairaatoa en ignorant les tôles qui volent par dizaines dans le ciel plombé : « nous étions trois à avoir eu la même idée : il ne fallait pas que le groupe tombe en panne car il alimentait l’hôpital. Nous sommes descendus à tour de rôle dans le canal pour déboucher les crépines d’aspiration de la pompe qui se remplissaient d’algues ». Heureusement, quand il rentre chez lui, il constate que seule sa maison à Vetea a encore un toit !

Si son fils aîné est devenu lui aussi mécanicien, son petit fils veut faire des études d’agroalimentaire : « Je l’encourage, c’est un secteur d’avenir, partout la nourriture manque, ou elle est de mauvaise qualité ».

Deux fois dans sa carrière, Vanaga est parti se former en France, à St-Nazaire chez Alstom Pielstick : « Chez de lointains ancêtres… On ne dirait pas avec ma peau foncée, mais j’ai du sang breton qui coule dans mes veines ! » Vanaga éclate d’un rire qui lui ressemble, massif et franc !

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